Dis-moi où tu habites et je te dirai qui tu es

Séance du 19 avril 2010

maison

Caractériser un personnage par son habitat

On décrira avec soin le décor familier d’un personnage. La description sera le moyen de faire passer un certain nombre d’informations au sujet du personnage, et on essaiera en particulier d’y donner à lire une tension psychologique, une dissonance ou une attente du personnage, de laquelle pourra naître une histoire…

3 thoughts on “Dis-moi où tu habites et je te dirai qui tu es

  1. Mystère des ponts. Ils relient et séparent à la fois les deux rives qui se font face. Autrefois lieux d’un culte rendu à des divinités païennes, il n’est pas rare encore d’y trouver un calvaire, une plaque commémorative, ou un graffiti lourdement chargé de sens. Dans cette ville d’Europe autrefois déchirée par la guerre, le vieux pont de pierre avait tenu bon, traversant les siècles. Il étendait sur le fleuve ses arches majestueuses dessinant au miroir des eaux la nef d’une cathédrale gothique. Vu d’en bas, surtout, le pont avait des allures de navire pétrifié. Les passants, les touristes se contentaient d’en arpenter le dessus, s’extasiant sur la vue vers la ville ou saluant les bateaux qui passaient. Mais rares étaient ses vrais admirateurs, qui descendaient sur les quais bas pour contempler son architecture grandiose et compliquée. Usé par le temps, il semblait par endroit un rocher naturel percé de grottes, avec des arbustes prenant racine sur de petits promontoires. L’impression dominante était inquiétante, l’édifice tenait de l’église abbatiale en ruine et du cargo échoué. En plein cœur de la ville, sans cesse parcouru de voitures et de bus, il apparaissait comme un fragment détaché d’un autre monde.

    C’est là, dans l’une de ces cavités semblable à une grotte, qu’il demeurait. Son allure de vieillard barbu – bien que personne ne put estimer son âge – faisait de lui non seulement l’hôte du pont, mais en quelque sorte son incarnation. C’est au crépuscule qu’il fallait voir cette icône: la tête hirsute illuminée par les derniers rayons, le regard déjà ailleurs, ne cherchant pas à saisir le mouvement des flots.

    Depuis le quai bas, on entrevoyait son réduit, creusé dans l’arche, suspendu sur les eaux. Des paravents de carton, des couvertures à carreaux de couleurs dépareillées, une bonbonne de gaz, mais aussi, en pile, au sol, un grand nombre d’objets rectangulaires et colorés qui pouvaient bien être des livres, ou des magazines. L’obscurité de ce repère favorisait chez l’observateur le recours à l’imagination: y avait-il plusieurs pièces, des galeries? Ce trou ouvrait-il sur un vrai domicile pour l’homme à la barbe? La nuit on pouvait y voir vaciller une lumière, et le peu qu’on voyait des parois révélait alors d’étranges décors gravés et peints, qui ne faisaient qu’attiser la curiosité.

  2. Ping :Fictions » Le tournant décisif

  3. Après des heures d’errance dans le froid sibérien qui s’était installé trop tôt pour la saison, Yvan se décida enfin à gagner son logis. Une fois à l’abri du bruit de la ville et du vent terrible qui avait grandement rougi son visage, c’est d’un pas assuré qu’il se dirigea vers le salon.
    Ici, dans cette pièce qu’il affectionnait particulièrement, tout lui rappelait son passé, ses voyages, sa vie d’aventurier heureux. Il n’avait qu’à tourner la tête et, sans effort, son regard se posait sur un des objets qu’il avait rapporté des nombreux pays qu’il avait visités.
    Ainsi, il aimait observer les vases de verre rouge qu’il avait rapportés d’Italie. Avec les nuances d’ocre et d’orangé à la base, ils lui rappelaient les soleils couchants sur le désert de Tunisie. Sur les murs d’un turquoise clair, il avait accroché quelques toiles achetées ici et là dans les Antilles. Leurs couleurs gaies illuminaient la pièce qui, autrement, aurait pu être triste avec ses divans de cuir brun et ses meubles de bois foncé.
    Heureusement, Yvan avait su choisir des éléments qui, bien qu’hétéroclites, formaient un tout vibrant et coloré, comme ces trois lanternes chinoises aux motifs de fleurs délicates qu’il avait déposées sur une petite étagère de bois fin bleu cobalt et ce tapis d’Iran aussi coloré que l’étale d’un marchand d’épices.
    Les tentures qui ornaient les grandes fenêtres étaient couleur de blé mûr. Cette teinte contribuait également à créer cette ambiance chaleureuse tant recherchée par le propriétaire des lieux. Yvan, sous son allure rude et autoritaire, était un homme raffiné pour qui l’intérieur était plus qu’une affaire de design et de décoration.

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