Flaubert à toute vapeur

La séance prévue ce soir 7 avril à 17h30, et qui portera sur Flaubert steampunk, aura lieu une nouvelle fois à distance, sur Zoom. Si vous souhaitez obtenir le lien Zoom, rien de plus simple: écrivez à fictions.asso@gmail.com et nous vous l’enverrons à toute vapeur!

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  1. L’Hirondelle

    On distingua le bruit d’une voiture mêlé aux sifflement de la vapeur et aux ébrouements des chevaux, et l’Hirondelle enfin s’arrêta devant la porte.
    C’était un coffre en métal brossé, agrémenté d’écrous de toutes tailles, porté par deux grandes roues à l’arrière, et 4 plus petites au devant de celles-ci. Ces 6 roues étaient toutes surmontées de sabots de freins, facilitant la maitrise de la vitesse et de garde-boues de bois. Les petits carreaux de ses vasistas, maintenus dans leurs pièces de cuir, offraient une vue imprenable sur le moteur à vapeur, n’en déplaise aux voyageurs passionnés de mécaniques. Les longs trajets leur permettaient, à loisir, de découvrir cet enchevêtrement d’engrenages, pistons, rivets et autres tuyaux. La cabine gardait des taches de boue, çà et là, parmi leur vieille couche de poussière et de suie de vapeur, que les pluies d’orage même ne lavaient pas tout à fait. Elle était attelée de trois chevaux, aux jambes mécaniques et aux naseaux fumants, laissant s’échapper les vapeurs de la machine. Spectacle des plus captivant pour les passants, hypnotisés par leurs yeux rouges. Ces montures de cuirasses, de bronze et d’acier, dont les engrenages bien huilés ne laissaient entendre que le bruit de leur crins de chaînes, étaient parfaitement coordonnés, laissant place à un rutilant ballet de métal, ne craignaient ni la chaleur, ni l’humidité et il suffisait au cocher de s’arrêter dans un bois afin de recharger leur combustible.
    La cabine était chaudement capitonnée, équipée de lanterne dont la machine permettait l’éclairage et le chauffage pour les longs trajets d’hiver.
    Emma descendit la première, aidée par le marche-pieds téléscopique. Elle portait une longue robe agrémentée d’un corset de cuir, et sa chevelure flamboyante était cachée sous son haut de forme décoré de chaines et de plumes noires et rouges. On fut obligé de réveiller Charles dans son coin, où il s’était endormi complètement dès que la nuit était venue, bercé par le ballottement de la route, grâce aux ressorts à lames sont étaient équipées les 6 roues ou par la drogue, peut-être… Appuyé sur sa canne au pommeau d’argent, il descendit sous le regard d’Emma, sa chemise à col cavalière s’accordant parfaitement avec sa redingote de cuir camel laissant apparaitre son baudrier rempli de flacons d’apothicaire, ce que ne manqua pas d’attirer l’oeil d’Homais. Celui-ci se présenta ; il offrit ses hommages à Madame, ses civilités à Monsieur, dit qu’il était charmé d’avoir pu leur rendre quelque service, et ajouta d’un air cordial qu’il avait osé s’inviter lui-même, sa femme d’ailleurs étant absente.
    Homais demanda la permission de garder son bonnet grec, de peur des coryzas. Puis, se tournant vers sa voisine :
    — Madame, sans doute, est un peu lasse ? on est si épouvantablement cahoté dans notre Hirondelle !
    — Il est vrai, répondit Emma ; mais le dérangement m’amuse toujours ; j’aime à changer de place. (IIe partie, chapitre 1 et 2, extraits)

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