Vivement ce week-end !

L’exercice du mois consiste à imaginer une histoire à partir d’une page arrachée à un agenda. La proposition suivante peut bien sûr être amendée ou complétée à discrétion. Les différentes situations auxquelles le personnage sera confronté au cours de cette (folle?) semaine permettront, comme dans l’exercice précédent, de révéler la personnalité du héros, ou de l’héroïne…

Celles et ceux qui le peuvent, et le souhaitent, seront les bienvenus demain à l’atelier. Les autres peuvent participer à distance, et laisser leur texte dans la section des « commentaires ».

1 commentaire sur “Vivement ce week-end !

  1. Lundi matin
    La fin de la semaine, ça va être la fin du monde.
    Je ne sais pas ce qui m’a pris. Pourquoi ai-je proposé à tout l’atelier d’écriture une randonnée à vélo le week-end prochain? Je pensais qu’ils croiraient à une plaisanterie… Mais non! Ils m’ont pris très au sérieux. Nous sommes censés nous retrouver samedi prochain, sur le parking du Carrefour de La Vatine, avec la tente et tout le barda, pour une randonnée de deux jours sur les sentiers du chasse-marée. En plein décembre, je vous demande un peu. Comment vais-je bien m’y prendre pour y échapper?

    Lundi soir
    Toujours plus loin, c’est ma devise. L’aéroport me fait toujours ce même effet. Une même envie de partir, presque irrépressible. Fuir. Echapper à la perspective de cette randonnée cycliste… Je contemple les avions qui atterrissent et décollent. Ca y est, j’aperçois Chloé. Elle vient de passer le week-end chez sa mère. Je l’enlace, je l’embrasse, nous nous apprêtons à rentrer à Rouen. Mélancolique, je jette un dernier coup d’oeil aux Boeing et aux Airbus dont les feux scintillent dans le ciel déjà noir de cette fin d’après-midi.

    Mardi soir
    Les jours filent… Il faut vraiment que je trouve une solution pour échapper à cette stupide randonnée. Elle m’obsède de plus en plus. Camper en plein hiver avec cette bande d’allumés du stylo, très peu pour moi.
    J’ai déjeuné avec Hélène. Elle me dit que je suis trop tendu, et que je devrais passer à son cabinet de kinésithérapeute. Evidemment que je suis tendu, avec ce week-end pourri qui s’annonce.
    Sans compter Janine. « Eh voilà, tu n’as plus qu’à lui offrir des fleurs, à Janine, maintenant », m’a expliqué Chloé. Comme si je n’avais que ça en tête!

    Mercredi
    Noël approche. Le moment le plus pénible de l’année. Offrir des cadeaux à tout le monde… quel gaspillage. Encore les mômes, passe encore, mais les adultes? J’ai noté sur ma liste: ‘ne pas oublier G.J.’. Mon problème, ce sont les abréviations. Je n’ai plus la moindre idée de ce que j’ai voulu dire. Tant pis. Je suis rentré le coffre rempli de cochonneries, mais sans G.J. Du moins, je ne pense pas.

    Jeudi soir
    J’ai bien cru que j’étais sauvé.
    — Aïe!
    — Voilà, c’est fini. Je suis sûr que vous n’avez rien senti.
    — Hum, ça va, Docteur, ça va. Et maintenant?
    — Eh bien maintenant vous allez me donner votre carte verte.
    — Oui, mais… vous ne me prescrivez pas quelques jours de repos, bien au chaud?
    — Pour un vaccin contre la grippe? Allons donc, c’est sans effet secondaire. Allez donc profiter du grand air.
    Je suis rentré chez moi, le bras à peine endolori. Il faudra trouver autre chose.

    Vendredi après-midi
    Je pars demain, et c’est presque un soulagement. Je n’en peux plus. Je ne supporte plus Janine. « Trouve-lui des fleurs », m’a répété Chloé. Comme si c’était facile. J’ai fait la tournée des fleuristes. Ils m’ont tous regardé avec des yeux ronds. « Vraiment, vous n’avez pas quelques vieilles fleurs fanées dont vous voulez vous débarrasser? », demandais-je à chaque fois. « Vous comprenez, c’est pour Janine ». Mais visiblement, ils ne comprenaient pas. Je n’allais pas lui offrir un bouquet de roses rouges, non plus, à Janine.

    Vendredi soir
    J’ai dîné avec Alban. J’ai laissé Chloé en tête-à-tête avec Janine. Elle a dû trouver ça bizarre, mais elle n’a rien dit. Il fallait que je lui parle sérieusement, à Alban. C’est un type qui vient régulièrement à l’atelier. Il m’agace. Une écriture précise. Le sens de la formule. L’adjectif qui tombe avec la même élégance que sa veste à la dernière mode. Oui, il m’agace.
    — Bon, Alban, on laisse tomber pour demain? C’était juste une connerie?
    — Penses-tu! Tout le monde est fin prêt. Tu ne vas pas reculer maintenant. Demain matin, 8h, à la Vatine, comme prévu. Sur le parking de Carrefour.
    Je soupirai. Je ne voyais plus d’échappatoire pour m’épargner cette torture de deux jours et une nuit.
    En rentrant, je passai devant un cimetière. J’entrai furtivement, et je dérobai à la sauvette devant une tombe quelques chrysanthèmes défraîchis qui traînaient depuis la Toussaint. L’occupant du caveau ne m’en voudrait pas. Et il me les fallait vraiment, ces fleurs. Chloé parut satisfaite. Janine les a dévorées de bon coeur dès qu’on les a posées dans sa cage. Pauvre lapine. Quand elle est déprimée, elle ne peut manger que des fleurs. Certains couples ont des mômes. Nous, nous avons Janine.

    Samedi.
    G.J.! Mais bien sûr! Je m’en suis souvenu dès que je suis arrivé sur le parking de Carrefour… G.J. pour gilet jaune. Il m’en fallait un pour cette stupide expédition. J’étais le seul du groupe à ne pas arborer cette seyante tunique jaune fluo. Alban et les autres cyclotouristes portaient fièrement cet accessoire indispensable à la sécurité du cycliste.
    C’est à ce moment que les flics sont arrivés, sirènes hurlantes, et les ont tous embarqués sans leur laisser le temps de s’expliquer.
    Toujours plus loin! Moi, je suis rentré, et j’ai pris Janine sur les genoux.

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